50 nuances de rose : l’art au service d’une couleur mal aimée
Les œuvres de 46 artistes seront exposées au 59 rue de Rivoli, du 16 au 24 novembre. Voilà de quoi redonner ses lettres de noblesse au rose, couleur emprunte de nombreux stéréotypes !
Un artiste aux commandes
Kévin Bideaux, lauréat du Prix du Public du Prix Icart Artistik Rezo 2018, est à l’origine de cette exposition engagée. Fin connaisseur de la question du rose, il écrit sa thèse sur cette couleur et son lien avec le genre.
Cette exposition, il l’a conçue avec la scénographe Barbara Fulneau, en jouant avec le lieu, cet un ancien squat d’artistes qui accueille désormais des expositions collectives. C’est ainsi qu’à l’étage se trouvent des œuvres traitant principalement du corps, de la chair, avec une forte connotation féministe. Le bas, lui, est plus politique et dans la vague Millenial Pink.
Le rose : une couleur politique
Le rose, bien connu en Occident, se décline à l’infini. Avant d’être nommé comme tel dans les années 1400, le rose est resté dans l’ombre du rouge pendant plusieurs siècles. Il connaîtra son apogée sous la Régence, grâce à l’apparition du rose tiepolo, mais également dans les productions rococos avec le rose Pompadour.
Aujourd’hui, il s’agit de la couleur de la femme par excellence. Or, cette utilisation du rose dans la représentation de la femme stéréotypée, faible ou encore enfant, lui confère un caractère sexiste. C’est ainsi qu’il devient un étendard politique à la fois pour les féministes et pour les hommes homosexuels.
Une exposition aux multiples facettes
Parmi les 46 artistes représentés, il y a des hommes, des femmes, queer, ou non. Une diversité qui se reflète parfaitement dans l’exposition. Plus ou moins engagées, les œuvres ont toutefois toujours une dimension politique.
Suzanna Scott présente des portemonnaies au tissu rose retourné. On y voit alors apparaître des vulves de formes différentes. Associer cette métaphore du pouvoir financier au sexe féminin dénonce la difficulté de beaucoup à sortir des tâches auxquelles on les cantonne trop souvent.
Simon Petit-Fort, quant à lui, utilise le rose pour son œuvre Home, au travers de laquelle il illustre le fait de faire partie d’un quotidien auquel on ne participe plus que passivement.
Des œuvres queer sont également présentées, comme la réinterprétation d’une backroom avec des hommes en train de s’embrasser, des néons, des fausses fleurs et autres symboles de cet univers. Une fois réapproprié par l’oppressé et retourné contre l’oppresseur, le rose, couleur du stigmate homosexuel, devient donc un symbole des minorités sexuelles.
Finalement, cette exposition redonne le pouvoir aux minorités et dénonce le poids des stéréotypes que notre société impose, tout en mettant en avant le fait qu’intérieurement, nous soyons tous pareils : rose.
Agathe Pinet
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